Nikol Pashinyan : l'Europe ? « Cette année » !

Actualité
15.05.2024

En marge du "Sommet pour la démocratie de Copenhague", qui se tient dans la capitale danoise jusque ce soir 15 mai, le Premier ministre Nikol Pashinyan a répondu aux questions du rédacteur en chef du magazine Politico-Europe.

Au cours de cette interview que nous reproduisons sous ces lignes, le Premier ministre a bien sûr évoqué la question sécuritaire à laquelle est confrontée l'Arménie, ainsi que sa participation toujours "gelée" à l'Alliance de Sécurité Collective de l'OTSC. Mais c'est surtout de la diversification de ses relations et de sa politique étrangère dont Nikol Pashinyan a voulu parler, et plus particulièrement de son rapprochement avec l'Europe.

Malgré le contexte des évènements de Géorgie qui semblent sérieusement compromettre les espérances européennes de ce pays, et, par voie de conséquence, rendre sans doute plus difficile une éventuelle candidature arménienne à l'adhésion, le chef du gouvernement n'a cependant pas hésité à répondre « cette année », lorsque le journaliste lui a demandé quand il souhaitait que l'Arménie devienne membre de l'Union Européenne.

 

 

Gordon Repinski - Politico : Vous avez évoqué, au cours de ce sommet, la situation sécuritaire de l'Arménie. Anders Fogh Rasmussen [NDLR : ancien Premier ministre danois et surtout, secrétaire général de l'OTAN de 2009 à 2014] a qualifié votre voisin d'autocrate. Vous êtes dans une position géopolitique et géographique très difficile. Comment résoudre le problème de la sécurité dans cet environnement ?

Le Premier ministre Nikol Pashinyan : Pour être honnête, je ne voudrais pas commenter la situation interne des pays voisins. Mais d'un autre côté, comme je l'ai dit, la démocratie n'est pas arrivée en Arménie à cause des circonstances. Je pense qu'elle correspond pleinement à la mentalité de notre peuple. C'est une stratégie pour notre gouvernement, c'est notre conviction politique, c'est aussi notre identité politique.

Les membres de notre équipe politique ont passé la majeure partie de leur vie à lutter pour la démocratie, l'État de droit et la liberté d'expression. Aujourd'hui, nous avons l'occasion de concrétiser toutes ces valeurs dans notre pays. Mais bien sûr, la situation en matière de sécurité était compliquée, et elle l'est encore plus aujourd'hui, non seulement à cause de notre situation régionale, mais aussi à cause de la situation mondiale, car il est évident que l'ordre mondial est en train de s'effondrer en ce moment.

Je pense, et j'ai eu l'occasion de le dire publiquement, que la guerre qui a eu lieu dans notre région était, d'une certaine manière, un prélude à d'autres développements. Aujourd'hui, la question principale est celle de la sécurité.

Quel est notre point de vue stratégique, comment allons-nous garantir la sécurité de notre pays ?

Récemment, j'ai prononcé un discours devant notre Parlement, dans lequel j'ai dit qu'à mon avis, l'outil le plus important pour garantir la sécurité est une politique étrangère légitime. C'est la raison pour laquelle nous parlons si souvent de la déclaration d'Alma-Ata de 1991.

Je voudrais expliquer à l'auditoire en quoi consiste la déclaration d'Alma-Ata. Elle a été adoptée par 12 Républiques soviétiques et mentionne quelques idées très importantes. Tout d'abord, l'Union soviétique cesse d'exister et les frontières administratives entre les Républiques soviétiques deviennent des frontières d'État, les Républiques soviétiques devenant des pays indépendants.

Il est très important que le 6 octobre, une réunion quadrilatérale se soit tenue à Prague avec la participation du Président de la France, du Président du Conseil européen, du Président de l'Azerbaïdjan et de moi-même, au cours de laquelle deux accords très importants ont été conclus. Premièrement, l'Arménie et l'Azerbaïdjan reconnaissent mutuellement leur intégrité territoriale et leur souveraineté sur la base de la déclaration d'Alma-Ata, et la déclaration d'Alma-Ata servira de base à la démarcation entre les deux pays. C'est la raison pour laquelle j'ai dit que nous n'avions aucun problème à tracer une nouvelle frontière entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan. Il suffit de reproduire la frontière existante sur le terrain. Ce processus est en cours et j'espère que nous le poursuivrons avec constance.

 

Le conflit frontalier de ces dernières années a eu un impact négatif sur les relations avec la Russie et sur le rôle de la Russie pour l'Arménie. Comment réagissez-vous à cette situation ?

Premier ministre Nikol Pashinyan - Vous savez que l'Arménie est membre de l'OTSC. Aujourd'hui, nous sommes également officiellement membres de l'OTSC, mais j'ai annoncé que nous avions gelé notre participation.

 

Alors, en êtes-vous toujours membre ou bien... ?

C'est une question à débattre, mais il est très important de prendre acte de la situation actuelle. Une crise est survenue dans nos relations à partir de ce moment précis, lorsque les troupes azerbaïdjanaises ont envahi l'Arménie, et selon les procédures de l'OTSC, l'Organisation et ses États membres devaient soutenir l'Arménie dans cette situation. Mais même après la demande officielle, l'OTSC a refusé de prendre des mesures concrètes, et c'est en fait la principale raison pour laquelle nous avons gelé notre participation à l'OTSC à tous les niveaux.

 

Attendez-vous de l'Occident qu'il occupe le vide actuel et assure votre sécurité ?

Notre position et notre politique consistent à diversifier nos relations étrangères dans tous les domaines. Nous développons actuellement une coopération en matière de défense avec l'Inde, la France et d'autres pays. Nous avons maintenant une certaine coopération avec l'Union européenne, car comme je l'ai mentionné, nous sommes heureux du déploiement de la mission civile d'observation de l'UE à la frontière entre nous et l'Azerbaïdjan. Bien sûr, il s'agit d'une mission civile, mais d'une certaine manière, c'est un nouveau facteur pour la sécurité de notre région. C'est la première fois que l'Union européenne participe d'une manière ou d'une autre au programme de sécurité de la République d'Arménie.

 

Souhaitez-vous devenir membre de l'UE ?

Nous attendons maintenant la décision de l'UE d'inclure l'Arménie dans la Facilité européenne de soutien à la paix. Nous espérons également entamer des négociations sur la libéralisation des visas et, l'année dernière, j'ai annoncé au Parlement européen que l'Arménie était prête à être aussi proche de l'Union européenne que celle-ci le jugerait possible. Telle est notre position.

 

Maintenant, cette question, qui porte également sur les possibilités de rapprochement avec l'Europe. Pouvez-vous préciser les initiatives prises par l'Arménie en matière de lutte contre la corruption ?

Comme je l'ai dit, nous avons fait d'énormes progrès dans la lutte contre la corruption, mais malheureusement, nous ne pouvons pas dire que nous avons éradiqué la corruption en Arménie. Ce qu'il faut faire, c'est continuer, être ferme et persévérer dans le programme de réformes démocratiques. C'est la raison pour laquelle la coopération avec l'Union européenne est de la plus haute importance pour nous, car l'Union européenne est aujourd'hui notre principal partenaire dans la mise en œuvre de notre programme de réformes démocratiques.

Nous espérons que l'Union européenne, ainsi que les États-Unis, renforceront leur soutien à l'Arménie dans la mise en œuvre des réformes démocratiques, car, comme je l'ai dit, la démocratie est une stratégie pour nous.

D'ailleurs, en 2019, nous avons entamé un dialogue stratégique avec les États-Unis, et aujourd'hui, nous assistons au renforcement de notre coopération avec l'Union européenne. J'ai également mentionné que nous avons récemment tenu une réunion tripartite avec la participation des États-Unis, de l'UE et de l'Arménie, un format sans précédent où nous avons adopté un vaste programme de réformes institutionnelles et économiques. Il est également très important que nous recevions un soutien de plus en plus tangible de la part de l'UE et des États-Unis pour répondre aux besoins humanitaires des réfugiés du Haut-Karabakh, ce qui est également très important, car il s'agit d'une question très sensible et émotionnelle pour nous.

 

Dernière question. Dans combien de temps souhaiteriez-vous que l'Arménie devienne membre de l'UE ?

Cette année.