Signature du mémorandum entre les États-Unis et l'Iran, l’Arménie aux premières loges

Opinions
29.06.2026

Le monde respire plus calmement, mais sans se faire trop d'illusions, après l'annonce d'une série d'accords entre Washington et Téhéran.

 

Par Régis Danielian

Accords entérinés de manière électronique entre les présidents américain et iranien. La signature solennelle, pour les livres d'Histoire, s’effectua peu après par le président Trump sous les ors de Versailles et les yeux du président Macron, après une réunion du G7 à Evian.

Mais ne nous réjouissons pas trop vite, car ce protocole n'aboutira à la signature d'un traité final dans les 60 jours que si les pourparlers avancent sans accrocs. Il redistribuera les cartes géostratégiques au moins pour la décennie à venir, et l’Arménie sera aux premières loges.

 

Conséquences immédiates : les cours du pétrole chutent par rapport aux semaines précédentes avec les passages confirmés de tankers pleins de pétrole par le détroit d’Ormuz.

 

L'Europe, à raison, fait tout son possible pour diminuer sa dépendance aux matières premières, notamment énergétiques, avec une diminution lente mais continue (quoique inhomogène sur le continent) de la consommation de pétrole depuis 2005. Malgré tout, l'indépendance vis-à-vis du pétrole reste un doux rêve, tant en Europe ,mais plus encore en Asie. 

Les réserves stratégiques baissaient trop rapidement de par le monde, y compris aux USA, pour ne pas négliger ce facteur dans les négociations. Les carburants, soumis aux prix du marché boursier devinrent intenables et les risques de crises en chaîne de ci de là laissaient courir le risque d’une crise plus grave encore. Impensable et impossible de se fournir en flux tendu pour les matières premières énergétiques, d’autant plus qu’au moins 20% du trafic pétrolier passait par le détroit d’Ormuz. 

Détroit qui devint un goulot d’étranglement stratégique habilement utilisé par les iraniens pour influencer à leur avantages les négociations. 

Le monde respire. Mais le flou qui entoure ce mémorandum laisse un espace propice aux frictions : les interprétations divergentes pourraient donner lieu à de vives passes d'armes — diplomatiques, espère-t-on, plutôt que militaires.

 

14 points y figurent, les voici, retranscrit textuellement:

  1. Les États-Unis d’Amérique et la République islamique d’Iran, ainsi que leurs alliés dans la guerre actuelle, signent le présent protocole d’accord afin de proclamer la cessation immédiate et définitive des opérations militaires sur tous les fronts, y compris au Liban, et s’engagent dès à présent à ne plus déclencher aucune guerre ni aucune opération militaire l’un contre l’autre, à s’abstenir de toute menace ou tout recours à la force l’un contre l’autre, et à garantir l’intégrité territoriale et la souveraineté du Liban. L'accord définitif confirmera la cessation définitive de la guerre sur tous les fronts, y compris au Liban, ainsi que les autres dispositions du présent paragraphe.

  2. Les États-Unis d'Amérique et la République islamique d'Iran s'engagent à respecter leur souveraineté et leur intégrité territoriale respectives et à s'abstenir de toute ingérence dans leurs affaires intérieures respectives.

  3. Les États-Unis d'Amérique et la République islamique d'Iran s'engagent à négocier et à conclure l'accord définitif dans un délai maximal de 60 jours, prorogeable d'un commun accord.

  4. Dès la signature du présent protocole d’accord, les États-Unis d’Amérique commenceront à lever leur blocus naval et à mettre fin à toute perturbation ou entrave à l’encontre de la République islamique d’Iran, et mettront pleinement fin au blocus naval dans un délai de 30 jours. Pendant cette période, le trafic maritime sera proportionnel au niveau d’avant-guerre que la République islamique d’Iran aura rétabli. Les États-Unis d’Amérique s’engagent en outre à retirer leurs forces des environs de la République islamique d’Iran dans un délai de 30 jours à compter de la conclusion de l’accord définitif.

  5. Dès la signature du présent protocole d’accord, la République islamique d’Iran mettra tout en œuvre pour assurer, sans frais et pendant 60 jours uniquement, le passage en toute sécurité des navires commerciaux entre le golfe Persique et la mer d’Oman, et vice versa. Le trafic des navires commerciaux reprendra immédiatement et, compte tenu de la nécessité de lever les obstacles techniques et militaires et de procéder au déminage, la République islamique d’Iran mettra en place les mesures nécessaires dans un délai de 30 jours. La République islamique d’Iran engagera un dialogue avec le Sultanat d’Oman afin de définir la future gestion et les services maritimes dans le détroit d’Ormuz, en concertation avec les autres États riverains du golfe Persique, conformément au droit international applicable et aux droits souverains des États côtiers du détroit d’Ormuz.

  6. Les États-Unis d’Amérique s’engagent, avec leurs partenaires régionaux, à élaborer un plan définitif et convenu d’un commun accord, d’un montant d’au moins 300 milliards de dollars américains, pour la reconstruction et le développement économique de la République islamique d’Iran. Le mécanisme de mise en œuvre de ce plan sera finalisé dans le cadre d’un accord définitif dans un délai de 60 jours. Toutes les licences, dérogations et autorisations requises pour les transactions financières concernées seront accordées par les États-Unis d’Amérique.

NLDR: A titre de comparaison, le PIB de l’Arménie en 2025 atteignit environ 26 milliards de dollars (année record). Le FMI estime celui de l’Iran à environ 356 milliards de dollars en 2025, pour des populations respectives de 3 et 90 millions.

 

  1. Les États-Unis d’Amérique s’engagent à lever toutes les sanctions à l’encontre de la République islamique d’Iran, y compris celles prévues par les résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies, les résolutions du Conseil des gouverneurs de l’AIEA et toutes les sanctions unilatérales américaines, primaires et secondaires, selon un calendrier convenu dans le cadre de l’accord final. La République islamique d’Iran et les États-Unis d’Amérique reconnaissent l’importance cruciale de la question de la levée des sanctions susmentionnée et expriment leur intention d’aborder immédiatement ces questions lors des négociations afin de parvenir à un accord mutuel à ce sujet.

  2. La République islamique d’Iran réaffirme qu’elle ne se procurera ni ne mettra au point d’armes nucléaires. Les États-Unis d’Amérique et la République islamique d’Iran ont convenu de régler la question de l’élimination des stocks de matières enrichies selon un mécanisme qui sera défini d’un commun accord, conformément au calendrier mentionné au paragraphe 7, la méthode minimale consistant à procéder à une dilution sur site sous la supervision de l’AIEA. Les deux parties ont également convenu d’examiner la question de l’enrichissement ainsi que d’autres questions convenues d’un commun accord relatives aux besoins nucléaires de la République islamique d’Iran, sur la base d’un cadre satisfaisant qui sera convenu dans l’accord final. L’accord final confirmera les dispositions du présent paragraphe et la République islamique d’Iran reconnaît l’importance cruciale des questions nucléaires susmentionnées. Elles expriment leur intention d’aborder immédiatement ces questions lors des négociations afin de parvenir à un accord mutuel à leur sujet.

  3. Dans l’attente de l’accord final, les États-Unis d’Amérique et la République islamique d’Iran conviennent de maintenir le statu quo. La République islamique d’Iran maintiendra le statu quo actuel de son programme nucléaire, et les États-Unis d’Amérique n’imposeront aucune nouvelle sanction et ne déploieront pas de forces supplémentaires dans la région.

  4. Les États-Unis d’Amérique s’engagent à ce que, dès la signature du présent protocole d’accord et jusqu’à la levée des sanctions, le ministère américain des Finances accorde des dérogations pour l’exportation de pétrole brut, de produits pétroliers et de dérivés iraniens, ainsi que pour tous les services associés, y compris les opérations bancaires, les assurances, le transport, etc.

  5. Les États-Unis d’Amérique s’engagent à rendre pleinement disponibles les fonds et avoirs gelés ou soumis à des restrictions de la République islamique d’Iran dès la mise en œuvre du présent protocole d’accord. Les États-Unis d’Amérique et la République islamique d’Iran conviendront d’un commun accord, au cours des négociations, des procédures relatives à la libération de ces fonds. Ces fonds, qu’ils proviennent du compte d’origine ou d’un virement, seront rendus pleinement utilisables pour le paiement à tout bénéficiaire final désigné par la Banque centrale de la République islamique d’Iran. Les États-Unis d’Amérique s’engagent à délivrer toutes les licences et autorisations nécessaires à cet effet.

  6. Les États-Unis d’Amérique et la République islamique d’Iran conviennent qu’un mécanisme exécutif sera mis en place afin de veiller à la bonne mise en œuvre du présent protocole d’accord et au respect futur de l’accord final.

  7. Après la signature du présent protocole d’accord, et sous réserve du début de la mise en œuvre des paragraphes 1, 4, 5, 10 et 11 dudit protocole, ainsi que de la poursuite de la mise en œuvre de ces mesures, les États-Unis d’Amérique et la République islamique d’Iran entameront des négociations concernant l’accord définitif portant exclusivement sur les autres paragraphes.

  8. L’accord définitif sera entériné par une résolution contraignante du Conseil de sécurité des Nations unies.

*source: https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2262310/protocole-entente-paix-iran...

 

Plusieurs points, susceptibles de donner lieu à des lectures divergentes, engendreront des désaccords, cela ne fait pas de doute, seule l'intensité de leurs répercussions demeure incertaine.

Mais l’on peut toutefois faire preuve d’un optimisme relatif, surtout sur le temps court, du moins jusqu’à la fin du mandat de Trump. Les différentes parties prenantes, notamment dans le Golfe, ne comprendraient pas un tel revirement de situation, et surtout ne peuvent se le permettre, tant la pression des marchés reste grande, les infrastructures industrielles de production affaiblies, et les alternatives actuelles inexistantes. 

 

L'Arménie, quant-à-elle, pourrait d'ici peu rétablir des liaisons commerciales sans entraves avec son voisin perse. Sans complications majeures à venir, si les uns et les autres respectent leurs engagements de bonne foi, Erevan pourrait en tirer un avantage réel, confirmant ainsi sa position pivot dans les liaisons Est-Ouest et devenant une porte d'entrée alternative vers l'espace économico-culturel européen.

 

A contrario, même si l’Arménie ne participa aucunement au conflit d’une quelconque manière que ce soit, ses dernières prises positions géopolitiques, voulues par les autorités et soutenues par sa population, place l’Arménie du mauvais côté de la barrière pour les iraniens: Route TRIPP, éloignement avec la Russie suivi d’un rapprochement toujours plus étroit avec l’UE, grande réunion de la Communauté Politique Européenne à Erevan, multiples coopérations militaires avec la France, et cerise sur le gâteau, un grand exercice militaire sur son sol avec les américains, français et grecs sous nom de code “eagle partner 2026”. 

Si le pire arrive, l'Arménie se retrouvera aux premières loges d'un deuxième conflit dont les protagonistes auraient tiré les leçons du premier.