Biodiversité, business et droits humains : unir les forces pour un avenir durable

En amont de la COP17 d’Erevan, l’UFAR a accueilli ce jeudi 15 octobre un espace de dialogue réunissant des intervenants d’institutions publiques, du monde académique, d’entreprises et de la société civile pour échanger sur la préservation de la biodiversité, la responsabilité des entreprises et la protection des droits humains.

 

Par Louna Proniaev

« Quel sens donner au développement économique si celui-ci se fait au détriment de la nature et des droits humains ? » interroge Salwa Nacouzi, la rectrice de l’UFAR. 

Si l’UFAR accueille cette conférence, c’est parce qu’elle a un rôle tout particulier en tant qu’université : « Nous avons une responsabilité particulière : former des citoyens éclairés, capables de relever les défis de notre époque. La biodiversité est aujourd’hui au cœur de ces défis. ». Selon la rectrice, la biodiversité est indispensable à notre santé et à la stabilité de nos économies, et elle concerne donc directement notre avenir. 

Le monde des affaires, lui, a également un rôle à jouer, puisque les entreprises peuvent contribuer à la protection des écosystèmes. La finance verte et les innovations technologiques ouvrent selon elle des fenêtres importantes. 

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Salwa Nacouzi

L’UFAR, pour Salwa Nacouzi, est « particulièrement attachée à cette approche pluridisciplinaire qui permet de former des citoyens capables d'allier innovation, responsabilité et vision à long terme ». Préserver la biodiversité, c’est protéger notre avenir, et protéger les droits humains, c’est donner à cet avenir une véritable valeur. ».

Xavier Richard, conseiller de coopération et d’action culturelle auprès de l’Ambassade de France en Arménie, a quant à lui exprimé le soutien de la France à l’Arménie pour l’organisation de la COP17, dont l’objectif principal est de faire un bilan des avancées et engagements — notamment sur la mesure emblématique de protéger 30% des terres et des océans d’ici 2030. 

Alors que l’on pense souvent qu’entreprise et environnement sont antinomiques, que l’environnement serait une contrainte pour l'entrepreneuriat en impactant sa rentabilité, Xavier Richard a rappelé que nous sommes tous concernés, puisque l’on vit tous sur la même planète : « Les employés des entreprises subissent eux aussi les conséquences de la dégradation de l’environnement, les enfants des patronque l’entreprise et l’environnement sont antinomiques, que l’environnement serait une contrainte pour l’entrepreneuriat en impactant sa rentabilité, Xavier Richard a rappelé que nous sommes tous concernés, puisque l’on vit tous sur la même planète : « Les employés des entreprises subissent eux aussi les conséquences de la dégradation de l’environnement, les enfants des patrons d’entreprise respirent le même air que nous. Les entreprises respirent le même air que nous. » Il rappelle qu’au-delà de l’économie, « la biodiversité engage le droit des personnes ».

Xavier Richard

 

L’humanité face à la 6e extinction de masse

Après les discours d’ouverture, Armen Abelyan, expert en politiques du climat et de la biodiversité et coordinateur des bénéficiaires de la COP17, a présenté un rapport sur la biodiversité en Arménie. Il a rappelé qu’aujourd’hui, l’humanité se trouvait face à la sixième extinction massive, avec à peu près 160 000 variétés en voie de disparition, environ 6% de toutes les espèces recensées. Les causes de ces extinctions sont multiples : disparition de l’habitat, emploi de produits chimiques nocifs, exploitation non contrôlée, ou encore chasse illégale. 

 

« En Arménie, nous devons préserver notre patrimoine coûte que coûte », avertit Armen Abelyan.

 

Armen Abelyan

 

L'emblème de cette COP est le papillon rare et endémique d’Erevan, l’Azuré d’Erevan, que l’on ne retrouve nulle part ailleurs. Symboliquement, il est représenté sur le logo de la COP17 avec 23 couleurs pour représenter les 23 cibles mondiales du Cadre mondial de la biodiversité de Kunming-Montréal. 

L’Arménie est un pays riche en biodiversité : Armen Abelyan a donné quelques chiffres pour l’illustrer. Alors qu’il y a 400 types de papillons dans toute l’Europe, il y en a plus de 200 seulement en Arménie. Toutefois, ces espèces sont menacées, dont le papillon arménien, mais aussi le léopard caucasien, autre emblème arménien. On ne trouve aujourd’hui que dix léopards dans la réserve de Khosrov, dû au climat, à la chasse illégale et au manque de nourriture. 

Cette 17e rencontre de la COP est tout particulièrement importante pour Armen Abelyan, puisque le rapport mondial (State of Biodiversity Action) va être présenté pour la première fois. Pour lui, c’est gage d’inclusivité, de continuité et de transparence. « On ne veut pas seulement la présentation des résultats des rapports, mais nous voulons que ce soit une COP d’action, parce que pour les pays comme nous, on a besoin de financement pour pouvoir mener les actions », indique l’expert en biodiversité, soulignant la différence de moyens des pays développés et des pays en développement face aux ambitions de la COP.

 

Le lien entre les entreprises et la biodiversité 

La question principale, pour Naira Hayrapetyan, la doyenne de la faculté de marketing qui anime la première table ronde, est la suivante : comment les entreprises peuvent-elles diminuer leur impact négatif sur l’environnement, et comment cumuler le développement économique, le développement durable et les droits humains, tout en gardant un équilibre entre les trois ? 

Pour répondre à cette question, la première table ronde sur le thème du business et de la biodiversité réunissait des représentants d’entreprises. Les participants se sont interrogés sur la façon dont les questions environnementales peuvent être considérées comme une opportunité pour en faire des avantages concurrentiels. 

Les intervenants ont fait part des obstacles que leurs entreprises rencontraient en Arménie pour appliquer de façon concrète les mesures de protection environnementale. Pour Flora Amirkhanyan, responsable des opérations chez Green Rock Foundation, il est difficile de mettre en place de telles mesures en Arménie – comme par exemple le tri des déchets, ou bien la difficile gestion des eaux usées. Pour Hasmik Khachoyan, spécialiste principale des questions environnementales et sociales chez la Société nationale de crédit hypothécaire, , la véritable lacune en Arménie est l’absence de compétences en termes de protection de l’environnement. Pour Ashot Saribekyan, superviseur du département de formation du personnel et du merchandising chez Procter & Gamble, le premier obstacle est au niveau institutionnel : « En tant qu’entreprise, on essaye de tout faire pour le recyclage par exemple – mais les solutions institutionnelles en Arménie ne sont pas encore nombreuses pour faciliter le recyclage ». Karlen Manaseryan, cofondateur de TUSHPA x Lab, considère, lui, qu’un véritable changement de paradigme est nécessaire : « Je pense qu’il faut une révolution culturelle pour que les gens fixent leur priorité en se disant qu’on doit utiliser avec parcimonie nos ressources et contribuer à protéger la biodiversité ».

 

 

Les quatre intervenants ont ensuite indiqué que l’IA était selon eux un outil efficace pour aider à résoudre ces problèmes, et qu’elle aiderait la société à être plus proche de la biodiversité, par exemple en assistant la recherche scientifique, l’analyse de données ou bien encore en automatisant les processus de distribution.

 

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La deuxième table ronde interrogeait quant à elle le lien entre les droits humains et la biodiversité. Pour Simon Simoyan, le modérateur de cette table ronde, « les droits humains ne peuvent pas être dissociés de la nature et de l’environnement ». Le monde contemporain nous met devant de grands enjeux comme le réchauffement climatique, ce qui pose des problèmes fondamentaux. Est-ce que l’être humain a le droit de vivre dans un environnement sain ? Quelles obligations a l’État pour assurer ce droit ? Les Nations unies ont déclaré le droit de vivre dans un environnement sain comme droit fondamental. Pour Artur Grigorian, expert en droit de l’environnement, en Arménie, ce droit de vivre dans un environnement sain n’existe pas. C’est au gouvernement de le mettre en place. 

Lors de la deuxième table ronde, Angela Abelyan, avocate, enseignante à l’UFAR et experte en droit de l’environnement, a évoqué le droit de vivre dans un environnement sain et propre, ainsi que les enjeux liés à sa protection. Laurent Vassallo, docteur en droit au Centre international de droit comparé de l’environnement, est quant à lui intervenu en ligne pour présenter le concept « Éviter, réduire, compenser » en droit de l’environnement.

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