Le rugby arménien poursuit son développement malgré une défaite face à l’Iran

L’équipe arménienne 

Le stade Pyunik d’Erevan a accueilli, dimanche 4 octobre, une rencontre de rugby opposant les Lions Yerevan Rugby Club à l’équipe nationale iranienne. Pour le jeune club arménien, il s’agissait du deuxième match de son histoire, une nouvelle étape dans le développement du rugby en Arménie.

 

Par Lucie Kaprielian (texte et photos)

Le match a débuté dimanche 4 octobre au stade Pyunik d’Erevan, sous un soleil d’automne. Sur la pelouse, les deux équipes, l’Iran et les Lions Yerevan Rugby Club, s’échauffent de leur côté, prêtes à en découdre jusqu’au bout. Dans les tribunes, les supporters attendent le coup de sifflet. Quelques drapeaux et pancartes s’élèvent dans les gradins.

Intense et marqué par plusieurs retournements de situation, le match a vu les Lions Yerevan, club créé en 2025, tenir tête à l’équipe iranienne jusqu’aux dernières minutes. L’Arménie s’incline finalement 4-1, mais cette deuxième rencontre constitue une nouvelle étape pour le jeune club. Lors de son premier match, les Lions avaient affronté Chypre et s’étaient imposés.

 

Un club pour faire découvrir le rugby

Cette rencontre constitue l’un des premiers temps forts de la saison pour les Lions Yerevan. L’objectif du club est avant tout de faire découvrir davantage le rugby en Arménie, auprès des enfants, des jeunes et des familles.

Le 27 septembre, le club avait ainsi organisé une journée « Rugby Discovery », ouverte à tous, filles et garçons, sans expérience préalable. Les enfants ont pu découvrir les règles du jeu, rencontrer les joueurs et les entraîneurs et s’inscrire gratuitement pour la saison.

« Notre ambition ne se limite pas à créer une équipe de rugby. Nous voulons bâtir une communauté autour de ce sport et offrir aux enfants arméniens l’opportunité de découvrir le rugby et ses valeurs », expliquait le club dans un communiqué annonçant les événements.

Le match du 4 octobre devait ainsi permettre au public arménien de découvrir le rugby de compétition et de favoriser les échanges avec une équipe étrangère.

 

« Perdre contre une équipe nationale, c’est un moment de fierté »

À l’issue de la rencontre, Armen Makarian, figure du club et entraîneur de l’équipe, ne cachait pas sa satisfaction malgré la défaite.

Né en Iran, il a grandi en Inde, où il a longtemps joué au rugby au sein de la communauté arménienne, avant de s’installer en Arménie en 2019.

« Imaginez un club face à une équipe nationale. C’est un grand accomplissement, pas seulement pour moi, mais pour l’équipe et pour l’Arménie. Si un club peut tenir jusqu’à la dernière minute face à une équipe nationale, cela signifie que l’avenir est prometteur », estime-t-il.

Avec le sourire, il raconte avoir dit à ses joueurs : « Perdre en Arménie est une mauvaise chose pour nous, mais perdre contre une équipe nationale, c’est un moment de fierté. Nous nous sommes battus jusqu’au bout ! Je suis fier de mes garçons. »

Le club compte une trentaine de joueurs. Une quinzaine vient d’Inde, quelques-uns de Géorgie, tandis que d’autres sont originaires d’Arménie ou d’autres pays. Beaucoup sont pères de famille et travaillent de nuit pour des entreprises américaines, ce qui laisse peu de temps pour la préparation physique.

« J’ai la connaissance, mais je n’ai plus le niveau. Face à l’Iran, on fatigue. On vieillit ! », reconnaît avec humour le coach.

 

Faire jouer les Arméniens d’Arménie

Le rugby reste encore largement méconnu en Arménie. Sur le chemin du stade, peu de personnes rencontrées connaissent l’existence d’un club de rugby à Erevan. Et les Lions eux-mêmes ne sont pas une équipe de jeunes : la plupart de leurs joueurs ont plus de trente ans.

Pour Armen Makarian, le défi consiste désormais à attirer une nouvelle génération et, surtout, à éviter les erreurs du passé.

Entre 2000 et 2008, l’Arménie disposait déjà d’une équipe nationale de rugby. Mais celle-ci était composée en grande partie d’Arméniens de la diaspora, notamment de joueurs évoluant en France.

« C’est bien d’avoir des Arméniens de la diaspora qui font partie de l’équipe, mais je veux que des Arméniens locaux jouent. Parce que s’ils ne jouent pas, le rugby n’évoluera pas en Arménie. C’est l’erreur que nous avons faite il y a vingt ans », estime-t-il.

Pour faire évoluer durablement la discipline, l’entraîneur estime également avoir besoin du soutien des institutions. Il salue notamment la présence de représentants du ministère des Sports venus assister à la rencontre et évoque un rendez-vous prévu le lendemain avec la ministre de l’Éducation, des Sciences, de la Culture et des Sports, Zhanna Andreyasyan.

Le coach connaît les capacités de son équipe, mais aussi les obstacles auxquels elle fait face.

« Les gens doivent parler de ce sport. On ne peut pas jouer seul. Nous savons comment jouer dans une équipe de haut niveau. Cela se voit dans notre culture : nous dansons tous ensemble, nous pouvons jouer des sports d’équipe, mais nous n’avons pas la connaissance du jeu », explique-t-il.

Son rêve est clair : voir naître une véritable équipe nationale arménienne.

« C’est mon objectif : obtenir un maillot arménien, être à leurs côtés en tant qu’entraîneur et les entraîner. »

 

Albert, 46 ans, veut montrer l’exemple

Parmi les joueurs des Lions figure Albert. Né et élevé en Géorgie, il pratique le rugby depuis vingt-cinq ans. Le match contre l’Iran n’était pourtant que son deuxième en onze ans. « C’est comme le vélo. Une fois que vous avez appris, vous pouvez le faire », sourit-il.

À 46 ans, il continue de jouer avant tout pour soutenir les plus jeunes et leur montrer l’exemple. Selon lui, l’âge idéal pour pratiquer ce sport se situe entre 22 et 35 ans.

Son histoire avec le rugby arménien remonte à 2006-2008, lorsqu’une équipe nationale arménienne se développait en France sous la direction d’un entraîneur français. Un ami avait alors transmis ses coordonnées au coach, qui recherchait des joueurs arméniens. Aujourd’hui, malgré la fatigue et les années, ce sont surtout les encouragements qui le poussent à continuer.

« C’est vraiment important. Ce qui vous maintient, c’est de penser : s’il peut le faire, je peux le faire. Le rugby, c’est un jeu d’équipe. Si un joueur est mauvais, tout le monde est mauvais », explique-t-il.

Pour ce match, Albert regrette toutefois le faible nombre de spectateurs arméniens dans les tribunes.

« C’est une honte. Il y avait plus de supporters iraniens que de supporters arméniens. Ce n’est pas parce que les gens n’aiment pas le rugby, mais parce qu’ils ne savent pas ce que c’est. Alors ils ne viennent pas. »

Selon lui, l’urgence est désormais de transmettre le sport à une nouvelle génération. « Cette génération, dans cinq ans, n’y jouera plus », prévient-il, si rien n’est fait pour attirer de nouveaux joueurs. « La jeune génération voit le rugby comme un travail, alors que la nôtre le voit comme quelque chose de cool. »

 

Une défaite, mais pas la fin

Les Lions ont montré qu’ils pouvaient rugir. Il leur reste désormais à convaincre les écoles, les familles et les institutions que le rugby a sa place en Arménie, tout en renouvelant un effectif vieillissant avant que la génération actuelle ne raccroche les crampons.

Armen Makarian, lui, est prêt à tout pour voir un jour une équipe nationale arménienne. Mais avant cela, il lui faut des joueurs. « Ce qu’il me faut, c’est un joueur avec un grand cœur, l’amour du rugby et l’amour de l’Arménie. S’ils possèdent cela, je suis prêt à tout. »

Pour lui, le rugby est finalement bien plus qu’un sport.

« C’est comme ça qu’on gagne : parce que nous aimons ce sport et que nous jouons pour le rugby, tout en gardant notre motivation première : être Arménien et jouer pour l’Arménie. »

 

jj

célébration victoire de l’équipe iranienne


 

jj

Pendant le match

 

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