HayPass, un premier projet public-privé en Arménie

UFAR-ի հատուկ հավելված
20.02.2026

« C’est un projet, dans l’intérêt général du pays, à la croisée de la sécurité, de la technologie et du service public, » a déclaré Armen Ghazaryan, le vice-ministre des affaires intérieures de l’Arménie.

 

Par Gabrielle Delorme

Le jeudi 19 février 2026, l’UFAR a accueilli la présentation du projet de modernisation de l’infrastructure de gestion de l’identité en Arménie. Ce projet, signé le 24 avril 2025, porté par un partenariat public-privé (PPP) entre le ministère de l'Intérieur et la société HayPass (Groupe IN), marque une étape historique : il s'agit du premier PPP mis en œuvre dans le pays sous l'égide de la loi de 2018.

La conférence a réuni Régis Bauchiere, Directeur général de HayPass et expert international avec vingt ans d'expérience dans les infrastructures critiques, ainsi qu'Armen Ghazaryan, vice-ministre des Affaires intérieures représentant le gouvernement. Enfin, deux anciennes élèves de l’UFAR travaillant chez HayPass ont pris la parole pour partager leur expérience professionnelle : Diana Sekhpeyan, directrice des services aux citoyens, et Olga Grigoryan, conseillère juridique.

 

Le modèle du Partenariat Public Privé et ses facteurs clés : 

Leader mondial de l’identité sécurisée présent dans 130 pays, le Groupe IN déploie son expertise en Arménie via sa filiale locale HayPass. Dans le cadre d'un contrat de 11 ans signé en avril 2025, cette coopération public-privé assure l'implantation d'un système moderne de passeports et de cartes d'identité biométriques, sécurisant l'identité des citoyens tant sur le plan physique que numérique.

Le Partenariat Public-Privé est un contrat de long terme, qui lie une entreprise privée, ici HayPass au secteur public, ici le ministère des Affaires intérieures d'Arménie. Dans ce cadre, l’opérateur privé assure la fourniture d’un service public : l’établissement d’une infrastructure nationale d'identité biométrique sécurisée sous l’autorité et la supervision de l’État. Cette alliance repose sur un principe fondamental : le partage des responsabilités et des risques. Contrairement à une prestation classique, la rémunération du partenaire privé dépend de sa performance, garantissant ainsi une efficacité optimale au bénéfice du citoyen.

 

Le succès d’un tel partenariat repose sur trois facteurs déterminants. Le premier est le désir manifeste du service public de porter le projet pour moderniser ses structures. Le deuxième pilier concerne la faisabilité, tant sur le plan technologique que juridique, ce qui peut nécessiter une adaptation de la loi pour sécuriser la mise en place du projet. Enfin, la viabilité de l'ensemble dépend d'un environnement propice à l'entrepreneuriat et d'une stabilité législative capable de garantir la pérennité de cet investissement.

 

Ainsi, les deux parties occupent des rôles différents mais complémentaires. Le partenaire public a pour mission d’assurer un support régulier et de protéger l’intérêt public tout au long de l’exécution du contrat. Quant au partenaire privé, il se concentre sur la délivrance efficace du projet garantissant un mangement des ressources rigoureux et un retour financier optimal.

 

La mise en pratique juridique du PPP sous le modèle BOT :

La mise en œuvre de ce projet d’envergure repose sur une stratégie rigoureuse, articulée autour du modèle BOT (Build, Operate, Transfer). Ce processus se décline en trois phases majeures :

 

La première étape de construction, consiste en l’établissement de la société HayPass et la sécurisation du financement intégral du projet par le secteur privé. Sur le terrain, cela se traduit concrètement par le déploiement d’un réseau de 23 centres d’enrôlement à travers tout le pays, modernisant l’accès au service public.

 

Durant la phase d’exploitation, l’accent est mis, par le directeur général d’HayPass, sur l’excellence de l’expérience usager. Le service est piloté par des indicateurs de performance stricts : réduction drastique du temps d’attente, optimisation de la durée des procédures et accessibilité accrue des centres. Une démarche d'amélioration continue sera instaurée, plaçant la satisfaction du citoyen au cœur du dispositif.

Enfin, à l’issue des 11 ans du contrat, l’intégralité de l’infrastructure est restituée à l’État arménien. Ce transfert de compétences inclut non seulement les biens matériels, mais aussi le savoir-faire technologique et les procédures opérationnelles permettant au gouvernement de reprendre la gestion totale du système en toute autonomie.

 

L’aspect économique du PPP, l’investissement et le modèle de business :

L’intérêt principal pour l’économie arménienne de s’engager dans un PPP est de pouvoir bénéficier d’une technologie de classe mondiale sans avoir à supporter seul l’investissement initial massif. Pour la création de l’infrastructure comprenant l’achat du matériel d’équipement, la rénovation du centre de personnalisation des titres d’identités et la mise en place d’un reseau de centres d’enrôlement dans le pays, l’investissement est supérieur à  20 millions d’euros.

 

Le coût des documents payés par les citoyens est réparti entre l’État arménien et la société HayPass. Ce partage permet de financer le fonctionnement du système et la modernisation des infrastructures. En complément de l'offre standard, un service privilégié, plus onéreux, sera proposé aux citoyens souhaitant bénéficier d'une procédure accélérée pour l'obtention de leurs documents.

 

L'objectif est de bâtir un modèle stable, capable d'absorber une activité croissante à long terme afin de générer du profit pour l'État arménien. Concernant le coût final de la délivrance des titres pour les citoyens, celui-ci n'a pas été précisément communiqué lors de la conférence.

 

La biométrie : à quoi ressembleront les nouvelles cartes d’identité arménienne ?

La nouvelle carte d'identité arménienne a été présentée comme un concentré de technologies « à l'état de l'art mondial » conçue pour être pratiquement infalsifiable grâce à des procédés de fabrication de haute sécurité. Elle sera créée à partir de polycarbonate, un matériau très résistant, qui permet une gravure laser profonde. Contrairement à une impression en surface qui peut s’effacer ou être grattée, les données du citoyen sont gravées directement à l’intérieur des couches de la carte, les rendant inaltérables. Le portrait sera gravé au laser en couleur, constituant ainsi à la fois une innovation esthétique mais également une garantie sécuritaire supplémentaire car les effets de mouvements et de couleur sont difficilement reproduisibles.

 

Entre services facilités et espoirs d’emplois : le citoyen arménien au cœur du projet

Le projet se concentre sur la création d'une infrastructure nationale d'identité biométrique respectant les plus hauts standards de sécurité mondiaux, tout en introduisant des services modernes pour la délivrance des nouveaux titres en Arménie. L'ambition de HayPass est d'assurer un accompagnement complet, depuis la réception des demandes et la fabrication personnalisée des documents jusqu'à leur remise sécurisée aux citoyens, s’alignant sur des standards internationaux.

Le parcours du citoyen a été pensé pour être simple et rapide. Tout d’abord, le processus commence par un pré-enrôlement en ligne, où l'usager s'authentifie de manière sécurisée, choisit son niveau de priorité, s’acquitte du paiement du titre et prend rendez-vous dans le centre de son choix. La deuxième étape se déroule au sein d'un centre d'enrôlement moderne et accueillant, où l'objectif est de finaliser la capture des données biométriques en seulement quelques minutes. Enfin, le processus se clôture par la délivrance du titre : une fois le document prêt, le citoyen reçoit une notification pour venir le récupérer. Lors de cette remise, une ultime comparaison biométrique est effectuée entre le porteur et la carte afin de garantir que le document est remis à la bonne personne en toute sécurité.

Au-delà de cette mission technique, cette initiative soutient directement l'objectif national de libéralisation des visas pour l'espace Schengen, œuvrant pour une mobilité internationale facilitée soulevant la problématique de la valeur du passeport.

 

Enfin, ce partenariat pourrait être un véritable moteur pour l'emploi local, misant sur la main d’œuvre locale. Si l'équipe compte aujourd'hui trente-cinq collaborateurs, l'objectif pourrait atteindre un effectif de deux cents personnes. Le directeur général de HayPass ainsi que le vice-ministre de l’Intérieur conçoivent ce projet comme une opportunité pour la jeunesse arménienne, en proposant des emplois et des stages dans des domaines variés, de l'informatique et des nouvelles technologies à la logistique, en passant par l'accueil des citoyens.

 

De nombreux étudiants présents dans l’amphithéâtre l’avaient pressenti et ont profité de l'occasion pour déposer leur CV. Cet élan, qui a suivi les témoignages inspirants des deux anciennes élèves de l’UFAR, a offert un bel exemple du dynamisme de la jeunesse arménienne.