Pas de Nowrouz en Arménie : comment la fermeture de la frontière avec l'Iran affectera-t-elle l'économie ?

Société
02.03.2020

« La fermeture temporaire de la frontière avec l'Iran en raison du coronavirus et de la limitation du trafic aérien est synonyme de pertes économiques pour l'Arménie. Mais il ne peut en être autrement pour des questions de sécurité épidémiologique », a déclaré l'économiste Vahagn Khachatryan.

Selon lui, malgré les pertes économiques évidentes, le refus de fermer la frontière entraînerait des conséquences beaucoup plus graves pour l'Arménie, et notamment un risque de panique générale difficilement évitable.

La semaine denrière, le gouvernement arménien a décidé de fermer la frontière terrestre avec l'Iran pendant deux semaines. Le trafic aérien sera soumis à certaines restrictions. Cependant, tous les citoyens iraniens qui sont venus en Arménie pourront rentrer chez eux, et les citoyens arméniens en Iran pourront rentrer dans le pays sans aucune restriction. Le transport de marchandises ne sera pas suspendu mais les conducteurs de camions feront l’objet d’un strict contrôle.

L'économiste a noté que l'épidémie avait affecté négativement les relations commerciales arméno-chinoises. A fortiori, elle aura inévitablement un effet négatif sur les relations commerciales entre l’Arménie et l’Iran, son plus proche voisin et partenaire le plus important.

« Songeons que dans un proche avenir, un flux important de touristes iraniens arrivera en Arménie, à l’occasion de Norouz. Nous espérons que d'ici le 20 mars, lorsque les vacances commenceront, l'interdiction sera levée », a déclaré Khachatryan.

Quant à savoir si le gouvernement arménien a pris des mesures pour amortir les conséquences négatives de la fermeture de la frontière iranienne, l’économiste ne peut se prononcer : « Nous n’avons pas de tels précédents, il est donc très difficile d'évaluer les pertes potentielles afin de développer en réaction une compensation adéquate ».

Pour l'Arménie, l’Iran n'est pas seulement un partenaire économique important, mais aussi l'une de ses portes vers le monde extérieur. Une partie non négligeable des produits échangés entre l’Arménie et certains pays du golfe Persique, en particulier les Émirats Arabes Unis, passe par le territoire de la République islamique ; la part du lion dans l’économie arménienne est donc importante.

Selon Gagik Agadzhanyan, directeur exécutif de la société de transport « Apaven », le gouvernement a agi de façon adaptée en décidant de ne pas appliquer l'interdiction sur le transport de marchandises.

« La démarche iranienne doit être comprise dans un cadre de relations bilatérales. Le Qatar, les Émirats Arabes Unis et d'autres pays du Golfe importants commercent avec nous via l'Iran. Les entreprises et les producteurs arméniens souffriraient sérieusement de l’interdiction du transport », selon M. Agadzhanyan.

Si l'Arménie importe des textiles, des meubles et des appareils électroménagers produits dans les Émirats, les matières premières pour les produits en plastique sont importées d'Iran.

Quant au secteur du tourisme, le chef de la Fédération du tourisme d'Arménie, Mekhak Apresyan, est toujours pessimiste. Il espère qu'à la mi-mars la situation se normalisera. Sinon, des tendances négatives devraient être attendues dans ce secteur.

« Mais il n'y a pas d'autres options. La santé de nos concitoyens est la priorité. Et pour protéger la population contre l'épidémie, des mesures appropriées doivent être prises, y compris la fermeture de la frontière. Si, Dieu nous en préserve, le virus pénètre en Arménie, alors notre pays se videra de ses touristes », a souligné M. Apresyan.

Selon lui, il faut généralement attendre jusqu’à 20000 iraniens pendant les vacances de Nowrouz. Perdre ce flux est certes dommageable, mais les réalités l’imposent.

D'après les publications de presse