Le succès du festival du cinéma francophone en Arménie

Arménie francophone
29.04.2026

Dans le cadre de la Saison de la Francophonie, l’Ambassade de France et l’Institut français d’Arménie, en collaboration avec les Ambassades de Suisse, de Belgique et du Canada, ont organisé la 9e édition du Festival du cinéma francophone. Ce dernier a connu un véritable succès en réunissant au total 3 095 spectateurs sur l’ensemble des 9 séances, un record absolu.  

 

Par Gabrielle Delorme

Une fréquentation record

Pour cette neuvième édition, qui s'est tenue du 14 au 22 mars 2026 au cinéma Moscou d'Erevan,  le public arménien a été au rendez-vous. Cette édition constitue un record de fréquentation, en progression de 15 % par rapport à l'année précédente, qui avait enregistré 2 688 entrées. Avec une moyenne d'environ 340 spectateurs par séance, l'engouement du public s'est confirmé tout au long du festival. Les 500 places de la grande salle du cinéma Moscou ont été entièrement occupées lors de certaines séances, notamment pour L'Étranger et Le Chant des forêts, à tel point que de nombreux spectateurs ont préféré s'asseoir sur les marches plutôt que de manquer la projection.

Le film français L'Étranger, de François Ozon, a particulièrement marqué les esprits et figure parmi les séances les plus appréciées de cette édition. De manière générale, le public s'est révélé très diversifié : étudiants, cinéphiles, grand public. C'est notamment grâce à la gratuité du festival et à la présence de sous-titres en arménien que cette ouverture au plus grand nombre a été possible, ce qui a permis à des spectateurs non francophones de découvrir et d'apprécier pleinement ces œuvres. L'accueil du festival a été unanime et positif.

 

Un festival reflet d'une francophonie ouverte sur le monde

L'ouverture a été marquée par la projection de La Venue de l'avenir, de Cédric Klapisch, l'un des réalisateurs français les plus emblématiques de sa génération, et la clôture par le documentaire Le Chant des forêts, de Vincent Munier. Pour cette édition, le festival a mis à l'honneur la diversité du septième art francophone avec cinq films français, deux films belges, un film canadien et un film suisse.

La programmation a dessiné un panorama cohérent d'un cinéma pluriel : pluriel dans ses sujets, ses formes et ses origines géographiques. La plupart de ces films abordent des questions sociales urgentes, notamment la vulnérabilité des mères et des enfants avec Jeunes mères et L'Intérêt d'Adam, les droits des peuples autochtones avec Bootlegger, les dérives du système carcéral avec Borgo, la crise écologique avec Le Chant des forêts, ou encore le droit animal avec Le Procès du chien, tout en explorant des thèmes universels comme la transmission, l'identité familiale et la recherche de sens dans La Venue de l'avenir, Le Roman de Jim et L'Étranger.

La diversité des formats cinématographiques a également contribué à la richesse de cette édition. Le documentaire Le Chant des forêts, primé à Cannes,  captive par la force de ce qu’il montre : comme le rappelle une phrase inscrite au générique : « La nature n’est pas qu’un spectacle, mais avant tout une vie partagée. », que l’on se doit à tout prix de protéger. L'adaptation littéraire de L'Étranger d'Albert Camus, troisième roman francophone le plus lu au monde, crée un pont entre le cinéma et la littérature, deux arts au cœur de la culture francophone, et nous invite à nous demander ce que Camus nous dit encore aujourd'hui. Comment résonne en 2026, en Arménie, ce personnage de Meursault, indifférent, incapable de se conformer aux attentes sociales, jugé autant pour son manque d'émotion que pour son crime ? Faut-il interpréter l'insensibilité du protagoniste comme une allégorie de la passivité collective des colonisateurs à l'égard des peuples qu'ils soumettent ? Et enfin, quel regard un jeune public peut-il porter sur un monde qui, il y a quatre-vingts ans déjà, sonnait vide et absurde ?

Les réponses se trouvent aussi bien chez les auteurs que le public. La Belgique des Dardenne et de Wandel, le Québec de Monnet, la Suisse de Dosch, la France de Klapisch et d'Ozon : chaque cinéma national apporte sa façon de regarder les mêmes questions humaines fondamentales, et chaque public un regard unique. C'est précisément ce qu'un festival thématique peut offrir : faire dialoguer des œuvres qui, seules, ne disent qu'une partie de la vérité.

 

Un futur prometteur

Selon l’Institut français en Arménie, une remarque récurrente du public pour les prochaines éditions concerne l'organisation des séances, avec la proposition de mettre en place un système d'inscription préalable afin de mieux gérer l'affluence. Vu le succès de cette édition et l'anniversaire des dix ans qui approche, il faudra peut-être envisager de réquisitionner toutes les salles du cinéma Moscou !