La foi en la patrie à l'épreuve du réel... et de la durée

Actualité
10.05.2024

Si ce n'est pas encore un séisme, c'est au moins une rupture prononcée entre le pouvoir actuel et les citoyens qui s'est massivement affichée hier place de la République, noire de monde pour accueillir "l'homme providentiel", l'archimandrite Bagrat Galstanyan.

Texte et photos par Olivier Merlet

 

Ils étaient 32 000 selon "l'Union des citoyens avertis", seule organisation (civile) à chiffrer les rassemblements dans un pays ou ni la police ni les manifestants, et surtout la presse, ne les publie jamais. 30 000, 50, 70 000 comme l'affirmait certains organisateurs alors que le cortège descendait la "Prospekt" Mashtots, ils étaient peut-être 100 000 finalement, et sûrement beaucoup plus à en mesurer l'enthousiasme et l'engouement qu'a suscité la longue marche jusqu’à la République du révérend Bagrat. La Place et ses environs étaient noirs de monde en tous cas, pas moins qu'il y a six ans, lorsque Nikol démettait Serge.

Après avoir été rejoint par ceux de Shirak et d'autres provinces à hauteur d'Abovyan dans la soirée de mercredi (la ville, pas la rue), ceux qui se disent les "trompés" du Tavush, entamaient hier 9 mai leurs derniers kilomètres avant la capitale… De ce côté-ci de l'Atlantique à l'Oural, c'était le jour de la victoire… celui de la "grande guerre patriotique" comme l'on dit ici. Le cortège s'est mis en branle à 11 heures, massif déjà, pour ne cesser de grossir tout le long de son chemin.

 

 

24 kilomètres et sept heures de marche sous un soleil dardant, constamment arrêtée par le prélat lui-même pour embrasser, donner l'accolade ou serrer dans ses bras tous les sympathisants qui l'attendaient le long des plus grandes artères de la capitale. Azatutyun, Mashtots, Bagramyan… Ce n'était pas le plus court chemin mais sûrement le plus symbolique. En descendant sur l'Opéra, avenue Bagramyan, les marcheurs sont passés indifférents devant le palais de la présidence gardé par un quadruple cordon de police et de bérets noirs. Tout juste certains ont-ils lancé quelques invectives à ceux alignés un peu plus bas devant les grilles de l'Assemblée nationale. L'Etat n'avait choisi que des gradés.