Théâtrons : un festival pour faire vivre le dialogue culturel entre l’Arménie et le monde francophone
Du 14 au 28 septembre 2026, l'Arménie accueille la nouvelle édition du festival international francophone du spectacle vivant “Théâtrons”. Une édition particulière puisqu'elle est dédiée au 35ᵉ anniversaire de l'indépendance de la République d'Arménie.
Par Lucie Kaprielian
Organisé par la compagnie théâtrale française Saté-Âtre et l’organisation Art-Images, sous la direction artistique de Saté Khachatryan, le festival Théâtrons entend renforcer les liens culturels entre l’Arménie et le monde francophone. Pour sa deuxième édition, le festival réunit théâtre, danse contemporaine, dramaturgie et musique, tout en accordant une place importante aux actions sociales et éducatives.
L’ouverture officielle s’est tenue le 22 septembre au Théâtre national académique Gabriel Sundukyan avec Folia, spectacle de la Compagnie Käfig, dirigée par le chorégraphe français Mourad Merzouki, qui fait dialoguer danse hip-hop et musique baroque.
« Une histoire incroyable et fascinante », promet Mourad Merzouki, qui souligne que le spectacle « s’adresse à tous, que vous aimiez ou non la danse ou la musique baroque. C’est une invitation au voyage et l’occasion de passer un moment merveilleux ».
La clôture du festival, prévue le 28 septembre dans le Jardin des sculptures du Centre des arts Cafesjian, sera consacrée à Les Nuits barbares ou les premiers matins du monde, du chorégraphe français Hervé Koubi.
Un volet social consacré à la maladie d’Alzheimer
Le festival accorde également une place importante aux enjeux sociaux, avec un programme consacré à la sensibilisation à la maladie d’Alzheimer, organisé en partenariat avec le ministère de la Santé de la République d’Arménie.
La compagnie Amalia Salle a présenté Avant que j’oublie, un spectacle consacré à la mémoire et aux liens intergénérationnels, le 15 septembre au Centre culturel de Gavar, puis le 17 septembre au Théâtre national de marionnettes Hovhannes Toumanian à Erevan.
Ce volet a été complété par des ateliers destinés aux personnes âgées participant aux programmes « Longévité des personnes âgées » et « Cafés mémoire », ainsi que par une conférence d’Olivier de Ladoucette, président de la Fondation Recherche Alzheimer à Paris.
Ces initiatives ont été menées avec le concours de l’association Alzheimer’s Care Armenia et du Centre national de contrôle et de prévention des maladies.
Marionnettes et satire : la Belgique à l'honneur
Avec le soutien de l’ambassade de Belgique en Arménie, la compagnie Tchaïka a présenté le 24 septembre Loco, au Théâtre Hamazgayin Sos Sargsyan. Le spectacle propose une adaptation pour marionnettes du Journal d’un fou de Nikolaï Gogol.
Destinée principalement à un public adulte, la représentation a également donné lieu à une séance spéciale accessible aux adolescents et adultes sourds et malentendants, ainsi qu’aux enfants privés de protection parentale.
Pour Eric de Munk, ambassadeur de Belgique en Arménie, cette représentation permet également de mettre en lumière une tradition artistique bien ancrée dans la culture belge.
« Le festival met en valeur la culture belge. Les spectacles de marionnettes occupent une place importante dans notre culture, et cet art reste très apprécié à ce jour. Nous sommes ravis que le spectacle “Loco” soit présenté en Arménie », a-t-il déclaré.
L’ambassadeur a également salué la coopération engagée avec Théâtrons et souligné son souhait de contribuer au renforcement des liens entre les deux pays.
De son côté, Xavier Richard, conseiller de coopération et d’action culturelle de l’ambassade de France en Arménie et directeur de l’Institut français d’Arménie, a souligné la cohérence du festival avec les priorités de coopération culturelle française.
« C’est un événement qui a rempli tous les critères des événements que nous soutenons. Le premier critère, c’est la francophonie, le second, la multidisciplinarité, parce qu’il y a beaucoup de disciplines artistiques qui sont représentées. C’est aussi un spectacle ouvert au public. Ce sont les critères que nous partageons avec nos amis belges. C’est important parce que tout ne se passe pas uniquement à Erevan », a-t-il expliqué.
Donner une place aux régions
La décentralisation de la vie culturelle constitue l’un des axes principaux du festival. Théâtrons entend ainsi dépasser le seul cadre d’Erevan et rapprocher les publics des régions des créations et des artistes internationaux.
Des ateliers et des rencontres ont notamment été organisés à Gavar et Meghri, autour du travail de Mourad Merzouki et de la Compagnie Käfig.
À Artashat, une résidence dramaturgique intitulée Hécube a été dirigée par le dramaturge canadien Olivier Kemeid et Saté Khachatryan. Elle a abouti à des lectures théâtrales présentées le 27 septembre au Théâtre dramatique d’État A. Kharazyan.
« Nous ne nous contentons pas de créer des contenus destinés au public et aux touristes. Nous accueillons également des festivals d’envergure internationale ainsi que des artistes, des groupes et des personnalités qui façonnent la nouvelle carte culturelle d’Erevan. “Théâtrons” sert de plateforme non seulement pour des rencontres professionnelles, mais aussi pour un vaste échange d’expériences, a déclaré Gosh Sargsyan, chef du département de la culture et du tourisme de la municipalité d’Erevan.
Une coopération franco-arménienne qui se renforce
La deuxième édition de Théâtrons s’appuie sur une importante mobilisation institutionnelle, en Arménie comme en France. Le festival associe plusieurs ministères arméniens, l’ambassade de France et l’Institut français d’Arménie, l’ambassade de Belgique, ainsi que plusieurs collectivités territoriales françaises, parmi lesquelles la Région Auvergne-Rhône-Alpes, le Département de l’Isère, la Ville et la Métropole de Lyon, ainsi que les villes de Bron, Calais et Grenoble.
Lors de la conférence de presse organisée le 17 septembre, les partenaires ont souligné la continuité de leur engagement en faveur du festival, dont la deuxième édition confirme l’ambition : faire de Théâtrons une plateforme durable d’échanges artistiques et professionnels entre l’Arménie et l’espace francophone.
Dans cette perspective, le festival prend également une résonance particulière à l’approche des Xe Jeux de la Francophonie, qui se tiendront en Arménie du 23 juillet au 1er août 2027. La présence d’artistes et d’institutions francophones à Erevan, mais aussi dans les régions, apparaît ainsi comme un prélude aux grands rendez-vous culturels que l’Arménie accueillera l’année prochaine.