L’ambassade de Suisse en Arménie fête ses 15 ans

Ֆրանկոֆոն Հայաստան
13.04.2026

À l’occasion du quinzième anniversaire de l’Ambassade de Suisse en Arménie et de la saison de la Francophonie, le Musée-Institut Komitas d’Erevan est devenu le théâtre d’une célébration unique. Entre les mélodies du pianiste genevois Philippe Boaron et les récits de l’écrivain arméno-suisse Harry Koumrouyan, cette soirée a scellé une amitié profonde qui, de l’élan humanitaire de 1988 à l’ouverture d’une nouvelle ambassade arménienne à Berne en 2026, ne cesse de se renforcer par la culture et la francophonie. 

 

Par Gabrielle Delorme

Entre Genève et Erevan, une complicité mise en musique

La soirée s’ouvre sur la Danse Caucasienne de Georges Gurdjieff. Aussitôt, la salle s’imprègne d’une atmosphère suspendue. Entre le pianiste et l’écrivain, l’amitié ne date pas d’hier ; elle est ancrée dans une histoire presque familiale. Philippe Boaron nous la conte : « On a des liens à travers nos familles qui remontent à il y a très longtemps. Ma mère et l’épouse d’Harry se connaissaient. Leur fils a le même âge que moi. Apparemment, nos mamans allaient nous promener au parc quand on était bébés. Et je vais jouer une pièce, d'ailleurs, qu'il a composée ce soir. » Clin d’œil à cette complicité, le pianiste interprète ce soir-là Nostalgris, une pièce composée par Adrien Koumrouyan. Cette œuvre prolonge l’héritage du compositeur suisse Ernest Bloch, dont le travail est profondément marqué par les thématiques de l’exil et de l’identité. Le programme met également à l'honneur les mélodies de Komitas, père fondateur de la musique nationale arménienne, ainsi qu'Arno Babadjanian, dont l'écriture mêle avec brio tradition et modernité.

 

Silhouette élégante en costume foncé, écharpe au cou et fines lunettes rondes, Harry Koumrouyan partage des extraits de son prochain roman : Hamlet sous un autre ciel. À chaque intermède musical, le récit progresse. On y suit un écrivain suisse en panne d’inspiration qui, après une rencontre fortuite, se retrouve à Erevan. À travers ses mots, on redécouvre la douceur et la singularité de la capitale arménienne. « La ville ne ressemblait pas à ce que j’en attendais », confie le protagoniste qui, de retour en Suisse, sent battre en lui l’omniprésence de son identité arménienne. La suite de ses aventures sera à retrouver en octobre 2026 en librairie. 

 

Entre musique et littérature, amitié et complicité, la salle Komitas est devenue, le temps d'une soirée, un espace de rencontre où mémoire, création et transmission entre la Suisse et l’Arménie se répondent parfaitement.

 

La francophonie, trait d'union entre la Suisse et l'Arménie 

Le Secrétaire d’État adjoint du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE), M. Pierre-Yves Fux, ayant fait le déplacement pour l’occasion, a rappelé que les liens entre la Suisse et l’Arménie s'inscrivent dans une longue histoire. Au-delà des relations diplomatiques, cette amitié trouve son expression la plus vibrante dans la langue française, véritable trait d’union culturel. La Francophonie n'est pas seulement un partage linguistique, mais le socle d'une compréhension mutuelle où s'enracinent des valeurs et des projets communs.

Pour illustrer cette proximité historique, il invoque la figure de Jean-Jacques Rousseau. Le philosophe né à Genève, qui fut secrétaire de l’ambassadeur de France à Venise, portait à la fin de sa vie l’habit arménien. Citant l’auteur des Confessions : « Quand on ne veut qu'arriver, on peut courir en chaise de poste ; mais quand on veut voyager, il faut aller à pied », M. Pierre-Yves Fux s'amuse à imaginer que Rousseau aurait sans doute rallié l’Arménie à pied s’il en avait eu l’occasion.

Une autre figure emblématique incarne cette symbiose entre les deux pays et la francophonie : Charles Aznavour. Celui qui affirmait avec fierté « Mon pays, c’est la langue française » entretenait des liens étroits avec la Suisse, et plus précisément avec Genève, où il résidait depuis 1972. En 2009, il est devenu le premier ambassadeur d’Arménie en Suisse où il a mis sa notoriété au service de la diplomatie, représentant l'Arménie tant auprès de la Confédération suisse que des Nations Unies. En hommage, il a composé la chanson « Inoubliable Genève », une œuvre que le Secrétaire d'État adjoint a citée comme la parfaite illustration des liens indéfectibles entre l'Arménie, la Suisse et la langue française.

 

Une amitié diplomatique gravée dans le temps

Si l'on célèbre le quinzième anniversaire de l'ouverture de l'ambassade de Suisse à Erevan en 2011, les liens de solidarité sont bien plus anciens. Le Secrétaire d’État adjoint a tenu à rappeler un moment charnière de cette relation : l’élan humanitaire de la Suisse lors du séisme dévastateur de 1988, bien avant l'établissement formel des relations diplomatiques en 1992. Cette aide d'urgence s'est transformée, dès 2002, en un engagement durable à travers de nombreux projets de développement local.

L'année 2026 marque un tournant historique avec le transfert de l’Ambassade de la République d'Arménie en Suisse de Genève vers la capitale fédérale, Berne. Inaugurée officiellement le 12 mars, cette nouvelle implantation vise à renforcer les liens directs entre les autorités des deux pays, tout en consolidant les ponts avec les communautés locales. Ce nouveau chapitre diplomatique est porté par Madame Hasmik Tolmajian, Ambassadrice de la République d’Arménie en Suisse, qui cumule cette fonction avec celle de Représentante permanente auprès de l’Office des Nations Unies à Genève.

Cette coopération n’est pas près de s’arrêter. En conclusion de cette soirée où mémoire et création se sont répondues, le Secrétaire d’État a souligné la force durable de cette collaboration : « Ces liens vont encore se renforcer avec la langue française en partage, avec beaucoup de souvenirs de projets partagés et, surtout, de grands espoirs. »