Inauguration d’un centre de soins spécialisé pour les grands brûlés à Erevan, avec le soutien de la France

Հասարակություն
27.01.2026

C’est dans une atmosphère chargée d’émotions et de solidarité qu’a été inauguré ce mercredi 21 janvier le Centre National des Brûlures et de Dermatologie de la République d’Arménie. Plus qu’une modernisation hospitalière, la rénovation de l’aile dédiée à la prise en charge des grands brûlés est une étape de plus dans la résilience arménienne, soutenue par une indéfectible main tendue venue de France. 

 

Par Eve Carmona

Reconstruction après un traumatisme

Si le service des brûlés a été créé dès 1973, il n’avait jamais fait l’objet d’une rénovation profonde, bien que se trouvant dans un état insatisfaisant avec des équipements obsolètes. L'histoire de ce centre commence le 25 septembre 2023, pendant l’exode des Arméniens du Haut-Karabagh, après l’explosion d’une station service à Berkadzor, proche de Stepanakert,  qui a entraîné la mort d'au moins 220 personnes et fait 300 blessés. 

A l’époque, le service pour soigner les grands brûlés, fusionné un an auparavant avec le centre dermatologique, est vétuste et nécessite d’importantes rénovations. Malgré le dévouement des soignants, les infrastructures ne sont pas équipées, le corps médical n’est ni préparé ni formé, incapable de faire face à la situation. C’est de ce constat d’urgence absolue qu’est née la volonté de transformer ce centre en un pôle d’excellence. 

 

La médecine des brûlés : l’excellence n’est pas une option

Il est nécessaire de comprendre que soigner un grand brûlé ne ressemble à aucune autre discipline médicale. Ce secteur requiert une exigence et des compétences propres. Les patients, dont la barrière cutanée a disparu, sont sujets aux infections : les chambres et les salles de soins nécessitent une atmosphère totalement stérile, une régulation thermique constante et une surveillance absolue. Le service s’occupe de la prise en charge et de la réanimation, notamment de l’arrêt de la combustion, mais aussi du traitement de la brûlure avec des soins quotidiens, nettoyage des plaies, chirurgies réparatrices, greffes de peau. Enfin les services de soins réservés aux grands brûlés doivent assurer un suivi du choc traumatique, de la rééducation, l’adoption d’un régime hyperprotéiné et hypercalorique pour soutenir l'hyper métabolisme. La durée de traitement est longue, s'étalant sur des mois, voire des années, impliquant chirurgiens, réanimateurs, infirmiers, kinésithérapeutes et psychologues. 

Entre la chirurgie réparatrice de haute précision, le besoin d’un service de réanimation,  et la gestion de la douleur, la complexité des traitements exigeait une refonte complète du Centre National des Brûlures et de Dermatologie : depuis des blocs opératoires de niveau mondial à des systèmes de ventilation ultra-performants, et surtout du personnel de pointe. 

L’activité du centre est intense : il accueille chaque année entre 700 et 800 patients hospitalisés, 2500 en ambulatoire et réalise 450 interventions chirurgicales. Parmi eux, environ 300 patients nécessitent chaque année des soins critiques en unité de réanimation.

 

Docteur Lilit Khatchikian : un pont entre deux nations

Face à cette complexité, la diaspora en France est venue en aide aux services hospitaliers arméniens. Le projet a été porté et préparé par les docteurs Anna Karmenyan et Lilit Khatchikian, respectivement secrétaire et présidente de l’association médicale, ainsi que Dr Hasmik Gevorgyan-Moreau,l'ancienne présidente de l'association. En coordination étroite avec l’Ambassade de France en Arménie, elle a organisé la rénovation complète des structures.

Le ministère de la Santé a alloué un budget de plus de 300 000 dollars américains pour la réfection de la toiture et de l’unité de réanimation. 

 

Coopération franco-arménienne 

Dès les premiers jours après le drame de 2023, Paris a ouvert les portes de l’hôpital militaire de Percy, pôle d’excellence mondial pour les grands brûlés, afin d’y soigner les cas les plus critiques. Plus de deux ans après, une patiente y poursuit toujours son traitement. 

Cependant, au-delà d’une aide apportée d’urgence, le docteur Khatchikian, son association et l'Oeuvre d’Orient en Arménie, ainsi que le Ministère des Affaires Étrangères veulent développer une infrastructure pérenne pour que le système de santé arménien ne  dépende plus d’une aide extérieure. 

Pour répondre à l’exigence technique du service, la France a organisé des cycles de formation à l’hôpital militaire de Percy, d’une grande intensité à destination des médecins arméniens.

Afin d'accéder aux formations, les médecins devaient acquérir un certain niveau de français. Les soignants arméniens, grâce au soutien financier de l’Œuvre d’Orient de 50 000 euros,  qui a permis le financement de leurs logements et de leurs déplacements, ont pu se former en immersion au sein des protocoles français, permettant ainsi un transfert des savoir-faire vitaux. Ces fonds ont également permis l’achat d’équipement médical en Arménie avec la supervision de HayAsso, et la participation de la Fondation Vardanyan.

La cheffe du service des grands brûlés racontait en souriant à quel point l’accueil en France était bienveillant, et les enseignements qualitatifs.

 

Inauguration du Centre

Le Centre National des Brûlures est méconnaissable aujourd’hui. La section des grands brûlés est moderne, équipée de matériels dernier cri cofinancés par l’Etat arménien et des ONG françaises (notamment par l’Œuvre d’Orient et des fonds de la diaspora). 

L’émotion était palpable lors de la cérémonie en présence de la Ministre de la Santé, et de la  présentation des différentes salles par le directeur de la section Dermatologie. Ce centre n’est pas qu'un hôpital, c’est un symbole de coopération bilatérale, mais surtout d’une guérison de blessure nationale.