Le 8 juin 2026, la dixième réunion régionale tripartite a eu lieu à Istanbul entre les ministres des Affaires étrangères de l'Azerbaïdjan, de la Géorgie et de la Turquie. Nous vous proposons quelques extraits de l'article d'Ilgar Velizade sur le sujet.
Cet événement est d'autant plus remarquable qu'il s'agit du seul format régional de coopération pleinement opérationnel dans cette région. Bien qu'il inclue un pays qui n'appartient pas à cette région, à savoir la Turquie, il couvre néanmoins, grâce au nombre d'accords conclus et à la nature de sa couverture géographique, une partie significative du territoire du Caucase du Sud. C'est là, ainsi que dans sa capacité à maintenir sa stabilité au fil des ans, que résident les avantages géopolitiques clés de ce format et sa valeur stratégique.
En effet, ce format de rencontres régulières entre les ministres des Affaires étrangères des trois pays existe depuis 2012. La première de ces rencontres a eu lieu à Trabzon, en Turquie, il y a 14 ans. Au cours de ces années, les parties ont pu mettre en place des mécanismes durables de coopération régionale dans le Caucase du Sud, sans l'intervention de puissances extérieures. Ce format permet de coordonner les projets de la ligne ferroviaire Bakou-Tbilissi-Kars et d'autres infrastructures de communication dans le cadre du Corridor central, d'apporter un soutien politique à la mise en œuvre du Corridor gazier sud et de résoudre les questions de sécurité régionale.
Il est important de préciser que, depuis la création de ce format, de grands changements politiques et géoéconomiques se sont produits tant dans le Caucase du Sud que dans le monde en général. Cependant, non seulement ceux-ci n’ont pas diminué son importance, mais ils ont souligné davantage la nécessité et la pertinence de l’axe régional Bakou-Ankara-Tbilissi.
De plus, dans le contexte d'une transformation notable de la politique étrangère arménienne, d'une promotion du programme de paix et d'une normalisation progressive des relations entre Erevan, Bakou et Ankara, il est possible que l'Arménie devienne, à court terme, partie prenante de divers mécanismes régionaux multilatéraux de coopération, dans lesquels le tandem Azerbaïdjan-Géorgie-Turquie jouera un rôle structurant.
Un tel scénario semble d'autant plus probable qu'il est déjà difficile d'imaginer un développement de la coopération au sein de l'Organisation des États turcophones, la mise en œuvre de la route de transport internationale transcaspienne ou la formation de nouvelles chaînes logistiques entre l'Asie centrale et l'Europe sans une interaction étroite entre Bakou, Ankara et Tbilissi. Ce triangle constitue en effet aujourd'hui le maillon clé entre le Caucase du Sud, l'Asie centrale, la Turquie et les marchés européens.
Ce n'est pas un hasard si, lors de cette dixième réunion anniversaire, les ministres ont accordé une attention particulière aux questions de l'interconnexion des transports, de la sécurité énergétique et de la poursuite du développement des projets d'infrastructure stratégiques. Cela confirme que le format Azerbaïdjan-Géorgie-Turquie est toujours considéré comme l'un des mécanismes clés pour renforcer la stabilité régionale et développer les liaisons de transport et de logistique entre le Caucase du Sud, l'Asie centrale et l'Europe.
Il est très important de noter qu'au cours des discussions, une attention particulière a été accordée au projet TRIPP, qui, bien qu'il ne s'inscrive pas dans le cadre de la coopération entre l'Azerbaïdjan, la Géorgie et la Turquie, fait néanmoins partie intégrante de la nouvelle architecture de la connectivité des transports dans la région du Caucase du Sud.
La déclaration adoptée à l'issue de la réunion a mis l'accent sur des points essentiels permettant d'évaluer l'état actuel et les perspectives de l'un des formats de coopération régionale les plus durables de la région.
Une partie importante du document est consacrée au développement de la route de transport internationale transcaspienne et du « corridor central ». Dans ce contexte, l’Azerbaïdjan, la Géorgie et la Turquie se positionnent comme un espace de transit clé capable d'assurer une liaison durable entre l’Asie centrale, le Caucase du Sud et les marchés européens.
Il est révélateur que la déclaration souligne l'importance du mécanisme de coopération entre les ministres des Affaires étrangères et des Transports de la Turquie, de l'Azerbaïdjan, de la Géorgie et du Kazakhstan. Cette disposition revêt également une importance particulière, car elle témoigne de l’importance du format trilatéral pour la région d’Asie centrale. Il s'agit en réalité de la mise en place d'un système plus large de coopération régionale dans lequel l'axe Bakou-Ankara-Tbilissi est considéré comme un maillon essentiel reliant le bassin de la mer Caspienne, l'Asie centrale, la Turquie et l'Europe.
D'une certaine manière, les parties laissent entendre que la mise en œuvre efficace de la route de transport internationale transcaspienne, tout comme le développement de toute autre chaîne de transport et de logistique entre l'Asie centrale et l'Europe, est pratiquement impossible dans les conditions géographiques et politiques actuelles sans s'appuyer sur l'infrastructure et le cadre institutionnel de coopération qu'elles ont mis en place. En d'autres termes, Bakou, Ankara et Tbilissi s'efforcent d'obtenir le statut de pôle de transit et de coordination incontournable par lequel transitent les principaux axes reliant l'Asie centrale à l'Europe.
La coopération énergétique trilatérale revêt également une importance considérable. Outre les références habituelles à l'oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan et au corridor gazier sud-européen, une attention particulière est accordée au développement des énergies vertes, des technologies à faible émission de carbone et des interconnexions énergétiques. Cela témoigne de la volonté des participants d'adapter le modèle actuel de coopération énergétique aux nouvelles tendances mondiales. Si, auparavant, la coopération reposait principalement sur les livraisons de pétrole et de gaz naturel, les pays cherchent aujourd'hui à se positionner sur le marché émergent des énergies renouvelables en considérant les infrastructures existantes comme une base pour élargir la coopération.
Dans l'ensemble, la Déclaration d'Istanbul témoigne d'un renforcement et d'un développement accrus du format Azerbaïdjan-Géorgie-Turquie. Dans un contexte d'instabilité croissante des relations internationales, la coopération entre Bakou, Ankara et Tbilissi devient un facteur essentiel pour assurer des liens durables entre les États d'Asie centrale, du Caucase du Sud et d'Europe. L'importance de ce format dépasse donc largement le cadre de la coopération régionale et joue un rôle majeur dans le développement des voies de transport, de l'approvisionnement énergétique et des routes commerciales entre l'Asie centrale et les marchés européens.
N.B. Le lien vers le texte de la déclaration (en anglais) : https://www.mfa.gov.tr/istanbul-declaration-of-the-tenth-trilateral-meet...









