À Tbilissi, la visite de Zhanna Andreasyan entre coopération régionale et manifestations pro-européennes
La ministre arménienne de l’Éducation, des Sciences, de la Culture et des Sports, Zhanna Andreasyan, s’est rendue à Tbilissi le 7 octobre pour participer aux Journées de la culture arménienne organisées en Géorgie à l’occasion du 35e anniversaire de l’indépendance de l’Arménie. Cette visite de travail, marquée par plusieurs rencontres avec des responsables géorgiens dans les domaines de la culture, de l’éducation et du sport, s’est déroulée alors que la capitale géorgienne était également le théâtre de nouvelles manifestations antigouvernementales.
Une programmation culturelle pour célébrer les liens arméno-géorgiens
Les Journées de la culture arménienne ont débuté le 7 octobre avec un concert de l’Orchestre philharmonique national d’Arménie au Théâtre académique national d’opéra et de ballet Zakaria Paliashvili de Tbilissi. Le programme musical associait des œuvres arméniennes, géorgiennes et internationales.
Le lendemain, le 8 octobre, la Galerie nationale Dimitri Chevardnadze du Musée national de Géorgie a accueilli l’ouverture de l’exposition rétrospective consacrée à l’artiste arménien Ervand Kochar, intitulée « Le génie multidimensionnel » (Tbilissi–Paris–Erevan). Présentée jusqu’au 8 novembre, cette exposition est le fruit d’une collaboration entre plusieurs institutions muséales et culturelles arméniennes et géorgiennes.
En marge des événements culturels, Zhanna Andreyasyan a rencontré la ministre géorgienne de la Culture, Maia Bitadze. Les discussions ont porté sur le renforcement de la coopération dans le domaine culturel, la préservation et la valorisation du patrimoine, ainsi que sur le développement des échanges entre les musées nationaux. La possibilité d’organiser des expositions conjointes a notamment été évoquée, de même que la poursuite des collaborations dans les domaines de l’art contemporain et du cinéma.
La délégation arménienne s’est également rendue au panthéon de Khojivank, où reposent des écrivains et des personnalités publiques arméniennes. La ministre de la culture, accompagnée du vice-ministre d’Alfred Kocharyan et de l’ambassadeur d’Arménie en Géorgie, Ashot Smbatyan, y a rendu hommage aux personnalités inhumées.
Éducation, jeunesse et sport au cœur des échanges
La visite a également donné lieu à des discussions sur l’enseignement et la recherche scientifique. Lors de son entretien avec le ministre géorgien de l’Éducation, des Sciences et de la Jeunesse, Givi Mikanaidze, Zhanna Andreasyan a abordé les réformes en cours dans les deux pays, tant dans l’enseignement général que dans l’enseignement supérieur.
Les échanges ont notamment concerné les programmes de construction d’écoles, l’amélioration des contenus éducatifs et le développement d’initiatives communes. Les deux parties ont également souligné l’intérêt d’organiser régulièrement des rencontres et des camps destinés aux jeunes Arméniens et Géorgiens, afin de multiplier les occasions d’échange et de renforcer les liens entre les deux sociétés.
Sur le plan sportif, la ministre arménienne a rencontré son homologue géorgien, Shalva Gogoladze. Les discussions ont porté sur les possibilités de développer les stages d’entraînement communs et d’organiser des compétitions régionales et internationales.
La participation éventuelle de la Géorgie aux 10es Jeux de la Francophonie, prévus en Arménie en 2027, a également été abordée. Shalva Gogoladze a indiqué avoir reçu une invitation à prendre part à cet événement et s’est déclaré disposé à discuter des modalités de participation de son pays. Zhanna Andreyasyan a souligné l’importance qu’Erevan accordait à cette perspective, les Jeux constituant selon elle une occasion de développer la coopération sportive et les échanges entre les jeunes.
Les deux ministres ont par ailleurs évoqué l’organisation conjointe de la Coupe du monde U20 de la FIFA 2029, que l’Arménie et la Géorgie doivent accueillir. Au-delà de l’enjeu sportif, cet événement représente une occasion de coordonner leurs efforts, de partager leur expérience et de renforcer leur coopération régionale.
À Tbilissi, une mobilisation pro-européenne se poursuit
Parallèlement à cette séquence diplomatique et culturelle, des manifestants se sont rassemblés le 7 octobre dans le centre de Tbilissi, notamment sur l’avenue Roustavéli, près du Parlement et des bâtiments municipaux. Il s’agissait du 679e jour consécutif de mobilisation pro-européenne, entamée à la fin de novembre 2024.
Les participants ont dénoncé la politique du parti au pouvoir, le Rêve géorgien, qu’ils jugent favorable à un rapprochement avec la Russie. Ils ont notamment réclamé la libération des détenus qu’ils considèrent comme des prisonniers politiques, l’abrogation des lois qu’ils estiment répressives, la tenue d’élections libres et le retour de la Géorgie sur une trajectoire euro-atlantique.
La mobilisation portait également sur les allégations de violences et de mauvais traitements en détention. Des manifestants ont demandé que des faits dénoncés par des détenus et des militants fassent l’objet d’enquêtes et que les responsables présumés soient tenus de rendre des comptes.
Ces rassemblements s’inscrivent dans une crise politique durable, marquée par des désaccords sur l’orientation européenne du pays et par les tensions entre le pouvoir et une partie de la société civile. Ils se sont déroulés au même moment que la visite de la délégation arménienne, mais aucun élément disponible ne permet d’établir un lien direct entre les manifestations et la présence de Zhanna Andreyasyan à Tbilissi.
Entre célébration du patrimoine, projets communs dans l’éducation et le sport, et mobilisation politique dans les rues de la capitale, cette visite a ainsi mis en lumière deux dimensions de la vie géorgienne : la poursuite du dialogue régional et les contestations internes qui continuent de traverser le pays.