« Unveil the Truth » : une conférence pour renforcer la résilience démocratique face à la désinformation

Les 1er et 2 octobre 2026, l’hôtel Marriott d’Erevan a accueilli la quatrième édition annuelle de « Unveil the Truth : Eastern Partnership Fact-Checkers Conference », une conférence réunissant journalistes, chercheurs, fact-checkers, représentants de la société civile et experts en technologies autour d’un objectif commun : renforcer la résilience démocratique face aux nouvelles formes de manipulation de l’information.

 

Par Louna Proniaev
 

« Qui façonne la réalité ? »

C’est autour de cette question que s’est ouverte cette édition, consacrée à la résilience démocratique à l’ère de l’intelligence artificielle et de « l’autocratie informationnelle » (Who Shapes Reality? Democratic Resilience in the Age of AI and Informational Autocracy).

À l’heure où l’intelligence artificielle facilite la production et la diffusion de contenus falsifiés, les sociétés démocratiques sont confrontées à de nouveaux défis. La conférence Unveil the Truth entendait notamment examiner les mécanismes de manipulation de l’information, leurs conséquences sur l’espace public et les moyens de renforcer les capacités de résistance des sociétés démocratiques.

L’événement était organisé par Myth Detector, plateforme de vérification des faits et de lutte contre la désinformation, en collaboration avec la Deutsche Welle Akademie (DWA), centre de développement international des médias. La conférence bénéficiait également du soutien du ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement (BMZ), du Black Sea Trust for Regional Cooperation (BST) dans le cadre du projet ERICS cofinancé par l'Union européenne par l'intermédiaire du Fonds Marshall allemand de la United States Transatlantic Foundation (GMF TF) ainsi que l’International Media Support (IMS), Reporters Sans Frontières (RSF) et Civilnet.

C'est la Dr. Vivian Walker, experte en diplomatie publique à l'Université Georgetown, qui ouvre la conférence. Cette dernière commence en expliquant que l'information correspond à un élément de pouvoir, et que la résilience démcratique ne repose pas seulement sur des institutions, mais dépend de la capacité d'une société à proposer une information crédible, à protéger les droits et à garantir une participation significative à la vie publique. 

 

Et les questions sont nombreuses : est-ce que ce sont les acteurs politiques internes, les puissances étrangères, les médias, les algorithmes qui façonnent la réalité et qui par ce biais restreignent l’accès à une information indépendante ? Comment les sociétés démocratiques répondent à la manipulation et protègent l’espace dans lequel l’information circule ? 

Pour la docteure Vivian Walker, « une société démocratique nécessite un écosystème médiatique fort permettant de créer de l’espace pour le débat politique. »

Elle conclut sa présentation par trois points clés : il n’existe pas d’immunité à la manipulation de l’information, puisque « la résilience est un processus » ; une société peut être manipulée sans être déstabilisée, et enfin, dans une démocratie, « la réalité doit rester contestable : elle ne doit pas être dictée, sinon elle cesse d’être une démocratie. »

 

Les élections face à la manipulation de l’information

 

Les élections se trouvent aujourd’hui confrontées à la manipulation de l’information. L’Arménie notamment, lors des dernières élections législatives de juin 2026, a été victime d’une vaste campagne de désinformation : des récits affirmaient par exemple qu’une victoire du Premier ministre actuel Nikol Pachinian déclencherait une guerre ouverte avec la Russie.

 

La Moldavie, la Hongrie et l'Arménie ont aussi organisé des élections récemment. Pour comparer ces expériences, cinq journalistes d'investigation et vérificateurs de faits se sont réunis autour d’une table ronde pour interroger la manière dont les sociétés démocratiques répondent à la désinformation et à l’ingérence étrangère. Ils ont interrogé la manière dont la désinformation évolue pendant les périodes électorales, comment les acteurs exploitent les divisions politiques et sociales existantes et enfin comment les plateformes numériques amplifient les discours visant à la manipulation. 

 

Nelly Pailleux, directrice et cofondatrice de Checkfirst, organisation qui s’attaque à la manipulation de l’information, a rappelé que depuis 2016, aucune élection n’a été épargnée de FIMI (Foreign Information Manipulation and Interference – en français Manipulation et ingérence informationnelles étrangères). Mihai Avasiloaie, rédacteur en chef de Stopfals.md, média moldave spécialisé dans la lutte contre la désinformation, a quant à lui évoqué les méthodes russes d’implication dans les élections moldaves.

 

Durant les deux jours de conférence, plusieurs ateliers ont été mis en place en complément des conférences, comme par exemple un atelier pour mieux comprendre les techniques de désinformation russe.

Articles associés